"Le CETA, cinq ans plus tard" Table ronde avec les partenaires de la CCFC - discours de l'ambassadeur Stéphane Dion

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Discours de bienvenue dans le cadre de la Table ronde organisée par l’ambassade du Canada en France

En partenariat avec la Chambre de commerce France-Canada

Paris, Ambassade du Canada, 13 octobre 2022

 

Les cinq ans de l’Accord économique et commercial global, le CETA

Stéphane Dion

Ambassadeur du Canada en France et à Monaco et

Envoyé spécial pour l’Europe et l’Union européenne

 

LE DISCOURS PRONONCÉ FAIT FOI

Mesdames et Messieurs,

 

C’est très réconfortant pour le nouvel ambassadeur que je suis de savoir que, pour promouvoir toujours davantage les échanges économiques entre la France et le Canada, il existe un regroupement de gens d’affaire au sein de la Chambre de Commerce France-Canada, guidés par un formidable président, Daniel Jouanneau, ancien consul général de France à Québec et ancien ambassadeur de France à Ottawa et grand ami du Canada, lui-même solidement appuyé par Madame Caroline Garnier, Directrice de la CCFC et toute son équipe.

C’est un honneur pour moi de me retrouver devant vous, entrepreneurs et représentants qui incarnez concrètement, par vos exportations, par vos investissements, la force des liens économiques entre la France et le Canada. Vous pouvez compter sur moi et l’ambassade toute entière pour vous aider à développer encore davantage les relations économiques entre nos deux pays.

L’un de nos outils pour y parvenir est l’AECG, ou CETA, l’Accord économique et commercial global entre l’Union européenne et le Canada.  Merci à chacune et chacun d’être ici présents pour en souligner les cinq années de mise en œuvre. Les retombées positives de cet accord commercial sont substantielles. Je laisserai le soin à Mme Marie-France Paquet, Économiste en chef d’Affaires mondiales Canada, d’en faire état. Je vous en remercie, Mme Paquet.

Le CETA est mis en œuvre depuis cinq ans et a été ratifié par 16 des 27 États membres de l’Union européenne, mais pas encore par la France. Les Pays-Bas viennent de ratifier, on espère que l’Allemagne suivra bientôt. Je sais qu’ici en France votre Chambre de commerce est une voix active appelant à la ratification. Nous continuerons à travailler ensemble en ce sens, mais sans risquer de précipiter un vote parlementaire que nous ne serions pas assurés de gagner.

Les raisons abondent pour célébrer ce cinquième anniversaire du CETA et en recommander la ratification. Au-delà des chiffres, que Mme Paquet va nous présenter, qui attestent l’étendue des bénéfices commerciaux du CETA pour nos deux pays, permettez que je mentionne trois aspects qui soulignent l’importance de cet accord commercial pour générer plus de prospérité dans nos deux pays.

Premièrement, le CETA ça marche, y compris pour les petites et moyennes entreprises.

Depuis son entrée en vigueur le 21 septembre 2017, le CETA a aidé un nombre considérable d’entreprises de toutes tailles à réduire leurs risques en diminuant les barrières à l’exportation.

Juste avant la pandémie, près de 3 100 exportateurs canadiens étaient présents en France, soit 300 entreprises de plus qu’en 2016. Et plus de 10 000 exportateurs français étaient présents au Canada, 400 de plus qu’en 2016. Et ces entreprises ne sont pas seulement à Montréal ou à Paris. Elles se retrouvent dans les différentes régions françaises et provinces canadiennes.

Deuxièmement, le CETA ça marche aussi pour l’environnement naturel. Le commerce de biens environnementaux entre le Canada et l’Union européenne a augmenté de près de 22% depuis l’entrée en vigueur du CETA. On parle de produits qui contribuent notamment à réduire la pollution atmosphérique, facilitent le traitement de l’eau et aident à la gestion des déchets. Le CETA a éliminé les droits de douane sur ces produits, tout environnementaliste doit s’en réjouir!

Grâce au CETA nous avons créé un cadre institutionnel fort pour le développement durable : 50 dialogues, comités et groupes de travail dans les domaines des changements climatiques, de la biodiversité et de la transition écologique.

Le Comité mixte sur le commerce, le climat et l’Accord de Paris travaille par exemple à élargir la tarification du carbone au niveau mondial, alors que le Comité sur le commerce et le développement durable facilite la collaboration en matière de gestion des produits chimiques, du développement de produits durables et de l’économie circulaire.

Le CETA s’avère ainsi un levier pour un environnement naturel plus sain et une lutte plus efficace contre les changements climatiques. 

Troisièmement, le CETA est encore plus nécessaire maintenant que les États démocratiques réalisent encore plus clairement, depuis la guerre d’agression de Poutine contre l’Ukraine, combien ils ont intérêt à renforcer leurs liens économiques pour être moins dépendants de régimes autoritaires comme la Russie et la Chine.

Les États démocratiques européens cherchent à sortir de leur dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie mais aussi de leur dépendance aux minéraux critiques de la Chine.

L’importance du CETA ressort en pleine lumière, alors même que l’Europe réfléchit de manière plus stratégique à ses vulnérabilités économiques et à la manière d’y faire face. Tandis que la prévisibilité, la sécurité des approvisionnements et l’accès aux marchés sont remis en cause, la question de la résilience de nos économies et de nos entreprises se pose avec beaucoup d’acuité.

L’Europe est à la recherche d’une politique calibrée pour un monde où les relations de dépendance économique avec les pays non démocratiques sont de plus en plus considérées comme un facteur de risque.

Une réorientation stratégique est donc en cours pour une adaptation à un monde où la sécurité des approvisionnements, en particulier l’approvisionnement en énergie et en matières premières, n’est plus déterminée uniquement par les lois de l’offre et de la demande, mais doit être placée dans un contexte qui inclut des considérations géopolitiques et environnementales.

Il y a ainsi, en France et en Europe, un intérêt accru pour le Canada, une démocratie stable, alliée, forte en technologie et en R&D, et dotée en abondance de ressources naturelles critiques. Le CETA, qui a éliminé les barrières tarifaires et considérablement réduit les obstacles non tarifaires, devient plus que jamais un outil précieux, économique, social, environnemental, mais aussi géopolitique.

À court terme, le Canada peut aider à substituer certains des intrants russes dont l’Europe dépend, comme l’uranium et la potasse. Pour le gaz et le pétrole, nous avons annoncé une augmentation de la production et des exportations de 300 000 barils par jour d’ici la fin de 2022, mais nous sommes conscients qu’il faut en faire davantage.

À plus long terme, il est envisageable d’augmenter les exportations de gaz naturel liquéfié vers l’Europe, dans une démarche de transition énergétique. Il est primordial que les infrastructures qui seront construites puissent être converties pour la production et l’exportation d’hydrogène propre. Nos pays se sont engagés à atteindre la neutralité carbone pour 2050, et nous entendons y parvenir pour éviter à l’humanité les pires conséquences du réchauffement planétaire.

Il faut renforcer les liens économiques et commerciaux transatlantiques dans des secteurs industriels d’avenir, comme les batteries pour véhicules électriques, le stockage stationnaire, les rénovations écologiques, l’intelligence artificielle, ou les minéraux critiques.

Le plus récent budget du gouvernement canadien, prévoit un investissement de 2.8 milliards d’euros pour la mise en œuvre de la première Stratégie sur les minéraux critiques du Canada.

Mon pays produit aujourd’hui plus de 60 minéraux et métaux et possède toutes les ressources nécessaires pour adopter une approche « de la mine à la mobilité ». De l'extraction et du traitement des minerais, en passant par le recyclage des matériaux, il faut développer, au Canada, des chaînes d'approvisionnement en minéraux critiques compétitives à l'échelle mondiale.

Le Canada souhaite envoyer à ses partenaires un signal clair qu’il est un endroit de choix où investir dans le développement de l’économie verte et numérique. Parce qu’il est impératif de se donner les moyens d’affronter, ensemble, l’une des crises structurelles les plus importantes de nos vies : celle des changements climatiques. Le CETA peut et doit favoriser une transition vers une économie décarbonée.

La guerre de Poutine a rendu cette transition encore plus difficile à accomplir. En effet, maintenant que l’Europe doit se sevrer rapidement du gaz russe, plusieurs pays reviennent au charbon qui, comme vous le savez, émet deux fois plus que le gaz naturel.

Pour rester sur la bonne voie et atteindre ses objectifs climatiques exigeants, l’Europe voit qu’elle a besoin du Canada, de notre expertise technologique, de notre énergie propre et de nos ressources naturelles.

L’obligation de s’adapter aux effets néfastes croissants des changements climatiques accroît l’intérêt des Européens pour le savoir-faire canadien, par exemple pour notre capacité à détecter et à combattre les incendies de forêt, ou pour notre expertise en gestion de l’eau.

En conclusion, mesdames et messieurs, en cinq ans, le CETA a démontré toute sa valeur économique, sociale, et environnementale. Je sais que vous en êtes convaincus, je voulais simplement faire ressortir à quel point nos arguments pour convaincre sont solides.

Quant à l’avenir, nous savons qu’il est nécessaire aujourd’hui plus que jamais de développer les liens commerciaux entre pays alliés, qui partagent des normes environnementales, sociales et de gouvernance élevées, et des valeurs démocratiques communes. Le CETA est essentiel pour faciliter cette transition.

À titre d’Ambassadeur du Canada en France et à Monaco, et comme Envoyé spécial du premier ministre Trudeau pour l’Europe et l’Union européenne, je m’engage à promouvoir le CETA en France comme partout dans l’Union européenne. Et mon équipe à l’ambassade est mobilisée pour travailler avec la communauté d’affaires des deux côtés de l’Atlantique pour que les relations commerciales se renforcent encore davantage au cours des prochaines années.

Je vous souhaite à toutes et tous une excellente table ronde.

Il me fait plaisir d’y participer afin d’entendre vos expériences, recueillir vos témoignages et discuter de votre vision de l’avenir du CETA.

Mme Marie-France Paquet va maintenant nous présenter plus en détails l’étendue des bénéfices commerciaux du CETA pour nos deux pays. Rappelons-nous simplement qu’au-delà des bons chiffres, cet accord a permis de créer de nouvelles occasions d’affaires respectueuses des gens, de l’environnement et des intérêts supérieurs de nos pays démocratiques.

     

     

 

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