Kareen Rispal est ambassadrice de France au Canada depuis 2017. Elle expose ses priorités et livre son regard sur ce pays-continent lié à la France par une amitié séculaire.

Quelle est l’image de la France au Canada, et est-elle très différente dans la partie anglophone et la partie francophone ?

Kareen Rispal : La France jouit globalement d’une image très positive au Canada, même si certains stéréotypes persistent. Et c’est précisément mon rôle que de démonter ces stéréotypes, en expliquant par exemple l’importance des réformes menées en France et donc en me déplaçant le plus possible au Canada, ce pays-continent. Depuis ma prise de fonctions en juin 2017, je me suis ainsi rendue dans quasiment toutes les provinces et territoires canadiens, y compris dans le Grand Nord. Pour des raisons évidentes tenant évidemment à la langue française que nous avons en partage, la France est plus visible au Québec et dans les parties francophones du pays. Il y a également de la part des Français un prisme très fort pour le Québec, même si l’Ontario et Toronto attirent de plus en plus. En effet, dans la partie anglophone, traditionnellement plus tournée vers les Etats-Unis, ou vers l’Asie au fur et à mesure que l’on se déplace vers l’ouest, nous gagnons en visibilité. Nous disposons notamment pour accroître notre influence de deux consulats généraux particulièrement dynamiques, l’un à Toronto et l’autre à Vancouver, et qui ont une mission économique très forte. C’est donc collectivement, en nous appuyant sur ce réseau de 5 consuls généraux et de leurs équipes (Vancouver, Toronto, Montréal, Québec et Moncton) que nous rendons la France plus visible, plus attractive et plus proche des Canadiens. Jamais les décisions d’investissements canadiens en France n’ont été aussi élevées que depuis l’arrivée au pouvoir du Président Emmanuel Macron. Et rappelons qu’environ mille entreprises françaises sont présentes au Canada.

Quels sont les projets qui vous tiennent particulièrement à cœur en tant qu’Ambassadrice de France au Canada ?

Kareen Rispal : Tout d’abord la question de l’égalité femmes-hommes, sur laquelle la France et le Canada sont particulièrement engagés. Comme vous le savez, la présidence française du G7 a suivi celle du Canada et Emmanuel Macron a décidé de reconduire le comité consultatif pour l’égalité femmes-hommes qui avait été mis en place par Justin Trudeau. Je suis fière d’être membre de ce comité et d’avoir ainsi contribué à ses travaux, aux côtés de personnalités inspirantes, comme l’actrice Emma Watson, ou les prix Nobels de la Paix Denis Mukwege et Nadia Murad. Nous avons ainsi rédigé un ensemble de recommandations en vue de faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes en listant les lois les plus favorables aux filles et aux femmes dans le monde. Le Conseil consultatif a ainsi identifié 79 bonnes pratiques ou lois pour lutter contre les violences faites aux femmes, accroître leur autonomisation économique ou leur accès à l’éducation et à la santé. Les dirigeants du G7 et d’autres pays se sont depuis lors engagés, et c’est le sens du « Partenariat de Biarritz », à adopter et à mettre en œuvre des lois progressistes pour l’égalité femmes-hommes, en s’inspirant de ces recommandations. J’ai également placé cette question au cœur de mon action quotidienne, en participant ou organisant par exemple de nombreuses conférences et colloques. J’ai aussi créé le programme « Ambassadrice d’un jour » l’an dernier. Il s’adresse à de jeunes étudiantes ou étudiants résidant au Canada, qui sont invités à passer une journée à mes côtés pour découvrir mon métier, et réaliser que tous les métiers leurs sont ouverts, même ceux qui sont exigeants ou dont l’accès était majoritairement masculin. Tout est possible ! Les jeunes, et notamment les jeunes femmes, doivent avoir en tête des modèles de « femmes en situation » pour pouvoir se projeter dans l’avenir.

Le second thème auquel je consacre beaucoup d’énergie est l’innovation. Là aussi, nous partageons une même vision avec le Canada. C’est donc avec l’objectif de renforcer davantage encore la coopération entre nos deux pays que j’ai inauguré et lancé la plateforme Innovation France-Canada « IN2NOVATION ». Il s’agit d’un outil d’intermédiation entre le monde de l’entreprise et les milieux universitaires et de la recherche. Cette plateforme met en relation des entreprises canadiennes ou françaises implantées au Canada, désireuses de développer puis de commercialiser un produit innovant. La mise en relation avec des équipes académiques et de recherche situées en France et au Canada est effectuée par la plateforme et par le biais d’appels à projets ou d’appels à manifestation d’intérêt. Elle permet donc aux entreprises d’accéder à un large réseau de laboratoires, d’instituts de recherche en France et au Canada et d’incubateurs qui leur sont rattachés, et de répondre ainsi à un besoin spécifique d’innovation dans des domaines stratégiques : l’intelligence artificielle et le numérique, les biosciences et la santé, l’environnement, les océans, les agrotechnologies, l’aéronautique. La plateforme a déjà le soutien des Ministères français et Canadien de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, de Genome Québec et de MITACS. Quatre entreprises sont également partenaires et nous espérons que beaucoup d’autres vont se montrer intéressées par cette plateforme.

La France entend jouer pleinement son rôle de « puissance d’équilibre », en étant à l’écoute des différents points de vue mais aussi en étant force de propositions.
Kareen Rispal


Quelle est l’image de la diplomatie française dans le monde et spécifiquement en Amérique du Nord ? Et qu’est-ce qui fait qu’elle est aussi réputée et reconnue pour son excellence ?

Kareen Rispal : Dans un monde devenu plus dangereux et plus incertain, nous sommes confrontés à de multiples défis et notre diplomatie ne peut se résigner à l’incertitude ou à la fatalité. Avec les moyens qui sont les nôtres – et nous disposons du 3ème réseau diplomatique et consulaire au monde – nous souhaitons prendre toute notre part à la gouvernance du monde, en réaffirmant et défendant nos valeurs et convictions, qu’il s’agisse de notre attachement à l’état international de droit et au multilatéralisme, à la lutte contre les changements climatiques, à la défense des Droits de l’Homme, à la nécessité de lutter contre le terrorisme…  Bref, comme l’a dit notre ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, nous entendons jouer pleinement notre rôle de « puissance d’équilibre », en étant à l’écoute des différents points de vue mais aussi en étant force de propositions.

Et la France, sous l’impulsion du Président de la République, a pris de nombreuses initiatives ces derniers mois. Je pense par exemple au Forum de Paris pour la Paix dont la deuxième édition vient de se clore et à laquelle j’ai participé. A cette occasion, ont été réunis à Paris non seulement des représentants des Etats et des organisations internationales, mais également des acteurs économiques, des ONG et plus généralement des représentants de la société civile qui croient dans l’action collective, le multilatéralisme et la bonne régulation des biens publics mondiaux pour relever les défis communs et maintenir la paix. Cette diplomatie plus participative, et nous avons développé ce même type d’initiative pour le climat par exemple, est définitivement plus apte à relever collectivement les nombreux défis qui sont les nôtres.

Au-delà d’une légitime fierté, que vous inspire le fait d’être la première femme Ambassadrice de France au Canada ?

Kareen Rispal : C’est vrai : être la première femme ambassadrice en Amérique du Nord, c’est briser le plafond de verre. Mais tout mon parcours, et je suis diplomate de carrière, me conduisait logiquement au Canada. Donc mon ambition est surtout d’être une excellente ambassadrice de France au Canada. Je connais très bien l’Amérique du Nord et j’ai toutes les clés pour comprendre le Canada, sa façon de vivre, de penser. C’est important pour la réussite de sa mission d’être connecté à son pays d’accueil. Je pense en outre que les femmes, en plus d’être des travailleuses acharnées, sont plus créatives, plus intuitives. Moi j’aime fonctionner en mode « projet », et donc créer des outils qui dureront, et j’aime innover, mélanger les publics et les thématiques. Faire de la diplomatie aujourd’hui, c’est être à l’écoute du monde, c’est savoir ne pas s’accrocher au passé mais au contraire anticiper et communiquer de façon efficace et décomplexée. Vous l’aurez compris, j’aime passionnément mon métier !

Lien de l'article 

Membres corporatifs

© 2020
Chambre de Commerce France-Canada. Site web propulsé par memboGo.